L’histoire des saunas gays ne se résume pas à l’histoire de lieux sexuels. Elle raconte aussi une partie essentielle de la vie gay moderne : la clandestinité, la peur, le désir, l’anonymat, la sociabilité, la surveillance policière, la libération sexuelle, l’épidémie de sida, la prévention VIH et la création d’espaces communautaires.
Sommaire
Avant les applications de rencontre gay, avant les Pride visibles, avant la reconnaissance juridique des couples homosexuels dans de nombreux pays, les hommes gays ont longtemps dû inventer des lieux pour se rencontrer. Ces lieux n’étaient pas toujours publics. Ils n’étaient pas toujours sûrs. Ils n’étaient pas toujours acceptés. Mais ils permettaient parfois quelque chose de rare : être entre hommes, loin du regard hétérosexuel dominant.
Les saunas gays, aussi appelés bains gays ou bathhouses dans le monde anglophone, ont été à la fois des lieux de désir, des lieux de refuge et des lieux de conflit politique. Leur histoire traverse les grandes questions de la culture LGBTQ+ : qui a le droit d’occuper l’espace ? Qui a le droit au plaisir ? Qui décide de ce qui est moral, dangereux ou acceptable ? Et que devient une communauté quand ses lieux de rencontre sont surveillés, stigmatisés ou fermés ?
Pourquoi les saunas gays sont-ils importants dans l’histoire LGBTQ+ ?
Les saunas gays sont importants dans l’histoire LGBTQ+ parce qu’ils ont offert à de nombreux hommes gays des espaces de rencontre, d’intimité, de sécurité relative et de construction communautaire à une époque où l’homosexualité était fortement stigmatisée, criminalisée ou invisible.
Ils ont joué plusieurs rôles :
- lieux de rencontre entre hommes ;
- espaces de sexualité plus discrets ;
- refuges contre l’isolement ;
- lieux d’anonymat dans des sociétés hostiles ;
- espaces de sociabilité gay urbaine ;
- points de diffusion de presse, d’informations et de prévention ;
- lieux de débat pendant l’épidémie de sida ;
- symboles de liberté sexuelle, mais aussi objets de surveillance et de répression.
L’historien Allan Bérubé a consacré un texte important à cette histoire. Son article “The History of Gay Bathhouses” a été publié dans le Journal of Homosexuality et s’appuie sur un texte écrit en 1984, au moment où les débats sur le sida et les bathhouses étaient particulièrement intenses à San Francisco. (PubMed)
Allan Bérubé et l’histoire des bathhouses gays
Allan Bérubé est une figure importante de l’histoire LGBTQ+ américaine. Son travail a contribué à documenter des pans entiers de la vie gay qui avaient longtemps été ignorés ou traités uniquement à travers le scandale, la police, la morale ou la médecine.
Dans “The History of Gay Bathhouses”, Bérubé ne présente pas les bains gays comme de simples lieux de sexualité anonyme. Il les replace dans une histoire plus large : celle des hommes gays cherchant des espaces pour exister, se reconnaître, se rencontrer et parfois créer une forme de communauté dans des sociétés qui les rejetaient. Son article est référencé dans PubMed comme un texte historique publié dans le Journal of Homosexuality en 2003, à partir d’un texte de 1984 lié aux débats de l’époque sur le sida, les modes de transmission et le rôle des bathhouses. (PubMed)
Son approche est importante parce qu’elle refuse deux simplifications :
- réduire les saunas gays à des lieux “problématiques” ;
- idéaliser ces lieux comme s’ils n’avaient jamais posé de questions de santé, de sécurité ou de pouvoir.
L’histoire est plus complexe. Les saunas gays ont été des lieux de liberté pour certains, d’exclusion pour d’autres, de plaisir, de solitude, de prévention, de conflit et de mémoire.
Avant la visibilité : survivre dans la clandestinité
Pendant une grande partie du XXe siècle, beaucoup d’hommes gays ne pouvaient pas vivre ouvertement. Le risque était réel : arrestation, outing, perte d’emploi, rejet familial, violences physiques, chantage, surveillance policière ou humiliation publique.
Dans ce contexte, les lieux de rencontre discrets étaient essentiels. Certains hommes se rencontraient dans des parcs, toilettes publiques, cinémas, bars, rues, plages, hôtels, clubs privés ou bains publics.
Ces espaces n’étaient pas toujours sûrs. Mais ils permettaient parfois de briser l’isolement.
Pour comprendre l’histoire des saunas gays, il faut donc partir de cette réalité : beaucoup d’hommes n’avaient pas accès à une communauté visible. Ils devaient reconnaître des signes, des regards, des codes, des lieux. La rencontre se faisait souvent dans l’ambiguïté, la prudence et le secret.
Les bains publics ont progressivement pris une place particulière dans cette géographie cachée du désir masculin.
Des bains publics aux premiers saunas gays
Les bains publics existaient bien avant la constitution d’une culture gay moderne. Dans de nombreuses villes, ils étaient d’abord des lieux d’hygiène, de détente, de repos ou de sociabilité masculine.
Mais certains bains sont devenus, au fil du temps, des lieux où des hommes intéressés par d’autres hommes pouvaient se rencontrer avec davantage de discrétion. La nudité, la séparation entre hommes et femmes, les cabines, la vapeur, l’anonymat urbain et les horaires tardifs ont créé des conditions propices aux rencontres.
Il faut toutefois éviter de projeter les catégories contemporaines sur le passé. Tous les hommes qui fréquentaient ces lieux n’auraient pas forcément utilisé le mot “gay”. Certains étaient mariés. Certains vivaient dans le secret. Certains cherchaient du sexe, d’autres une présence, d’autres encore un espace où leur désir n’était pas immédiatement impossible.
Les saunas gays sont donc nés au croisement de plusieurs histoires :
- l’histoire des bains publics ;
- l’histoire du désir entre hommes ;
- l’histoire de la ville moderne ;
- l’histoire de la répression ;
- l’histoire de la sociabilité masculine ;
- l’histoire de l’émergence d’une communauté gay.
Chronologie : les grands rôles des saunas gays
| Période | Rôle des saunas gays |
|---|---|
| Fin XIXe / début XXe siècle | Espaces discrets de rencontre masculine dans un contexte de criminalisation et de surveillance |
| Années 1920-1930 | Certains bains deviennent connus comme lieux de rencontre entre hommes |
| Seconde Guerre mondiale | Intensification des mobilités masculines, anonymat urbain, rencontres entre militaires et civils |
| Années 1950-1960 | Répression policière, mais aussi consolidation de réseaux gays urbains |
| Années 1960-1970 | Les bathhouses deviennent parfois des institutions communautaires : sociabilité, presse, fêtes, prévention |
| Années 1980 | Débats autour du sida, de la fermeture des bains, de la santé publique et des libertés civiles |
| Aujourd’hui | Lieux adultes encore existants dans certaines villes, mais aussi objets de mémoire, d’histoire et de débat |
San Francisco : laboratoire d’une culture gay urbaine
San Francisco occupe une place centrale dans l’histoire des bathhouses gays, non parce que tout y aurait commencé, mais parce que la ville a concentré plusieurs dynamiques : migration gay, libération sexuelle, politisation LGBTQ+, visibilité communautaire, crise du sida et débats de santé publique.
Dans les années 1970, les bathhouses de San Francisco ne sont pas seulement des lieux de rencontre sexuelle. Certains deviennent des institutions de la vie gay urbaine. On peut y trouver des informations communautaires, de la presse gay, des événements, des affiches, des campagnes de prévention, des réseaux sociaux et une forme d’appartenance.
C’est précisément cette centralité qui explique la violence des débats des années 1980. Quand le sida apparaît, les bathhouses deviennent un enjeu politique majeur : faut-il les fermer ? les réglementer ? les transformer en lieux de prévention ? les défendre au nom des libertés civiles ? ou les considérer comme des lieux à risque ?
La San Francisco AIDS Foundation décrit la bataille des bathhouses de 1984 comme un conflit mêlant santé publique, libertés civiles, peur, stigmatisation et stratégies communautaires face au VIH/sida. (San Francisco AIDS Foundation)
Les saunas comme lieux de désir, mais aussi de culture
Les saunas gays ont toujours été traversés par une tension : ils sont des lieux sexuels, mais ils ne sont pas seulement cela.
Pour certains hommes, ils ont été des lieux de plaisir, d’exploration et de liberté corporelle. Pour d’autres, des espaces de solitude ou de recherche de contact. Pour d’autres encore, des lieux où l’on pouvait voir d’autres hommes gays, comprendre des codes, recevoir des informations, trouver une communauté ou se sentir moins anormal.
Dans certains contextes, les bathhouses permettaient aussi aux hommes qui ne fréquentaient pas les bars gays, qui étaient mariés, discrets, isolés ou éloignés des réseaux militants, d’entrer en contact avec une culture gay plus large.
Cette dimension est essentielle : un lieu de rencontre peut devenir un lieu communautaire même s’il n’a pas été pensé d’abord comme un centre culturel ou politique.
Seconde Guerre mondiale : refuge, anonymat et intensité
La Seconde Guerre mondiale a modifié la vie urbaine et les relations entre hommes dans plusieurs grandes villes. Les déplacements de soldats, les ports, les bases militaires, les permissions, les quartiers de divertissement et l’anonymat des grandes villes ont favorisé des formes de rencontre entre hommes.
Les bains et lieux de rencontre masculins ont pu devenir des espaces de contact dans ce contexte de mobilité et de séparation des familles. Mais ils restaient aussi des espaces risqués : surveillance, descentes policières, honte sociale et danger de l’outing.
L’intérêt historique de cette période est de montrer que les lieux gays n’apparaissent pas uniquement avec la “libération sexuelle” des années 1970. Ils se construisent plus tôt, dans des formes souvent fragmentées, discrètes et précaires.
Années 1960-1970 : quand les saunas deviennent des institutions communautaires
Les années 1960 et 1970 marquent un tournant. Dans plusieurs grandes villes, la culture gay devient plus visible. Les bars, journaux, associations, librairies, clubs, quartiers gays et espaces de sexualité prennent une place plus importante.
Les saunas gays s’inscrivent dans ce mouvement. Certains lieux deviennent connus, fréquentés, organisés, parfois presque institutionnels. On n’y vient plus seulement pour une rencontre anonyme : on y vient aussi parce qu’ils font partie d’un monde gay identifiable.
Ils peuvent alors offrir :
- un espace de désir ;
- un lieu de détente ;
- un sentiment de sécurité relative ;
- un lien avec la presse gay ;
- un accès à des informations communautaires ;
- une manière de rencontrer d’autres hommes ;
- une preuve concrète que l’on n’est pas seul.
Cette dimension communautaire ne doit pas faire oublier les inégalités. Tous les hommes gays ne se sentaient pas également accueillis dans ces lieux. Les questions de race, d’âge, de corps, de classe, de masculinité, de handicap ou de statut sérologique ont aussi traversé les espaces gays.
Mais historiquement, les saunas ont participé à la construction d’une vie gay urbaine.
Le tournant du sida : santé publique, peur et répression
L’épidémie de sida a profondément transformé l’histoire des saunas gays.
Au début des années 1980, beaucoup de choses sont encore inconnues : modes exacts de transmission, prévention, traitements, rôle des différents comportements sexuels. Dans ce climat d’incertitude et de peur, les lieux de sexualité gay deviennent rapidement des objets de débat, de stigmatisation et de réglementation.
Les bathhouses sont accusés par certains d’être des lieux de diffusion du virus. D’autres, au contraire, estiment qu’ils peuvent devenir des espaces de prévention : affichage d’informations, distribution de préservatifs, messages de réduction des risques, dialogue avec des hommes parfois éloignés des associations ou des médecins.
C’est une question centrale : fallait-il fermer les lieux ou y faire de la prévention ?
La San Francisco AIDS Foundation rappelle que les débats de 1984 autour des bathhouses ne se limitaient pas à une opposition simple entre santé et liberté. Ils engageaient aussi des visions différentes de la prévention, de la sexualité gay, de la responsabilité collective et de la stigmatisation. (San Francisco AIDS Foundation)
1984 : pourquoi la fermeture des saunas a divisé San Francisco
En 1984, San Francisco devient l’un des grands terrains de conflit autour des bathhouses et du sida. Les autorités de santé, les militants, les propriétaires de lieux, les médecins et les membres de la communauté gay ne partagent pas tous la même position.
Certains défendent la fermeture des bathhouses au nom de l’urgence sanitaire. D’autres considèrent qu’une fermeture punitive risque de déplacer les pratiques vers des lieux moins visibles, moins contrôlables et moins accessibles à la prévention.
Le débat est aussi politique. Pour beaucoup d’hommes gays, les bathhouses ne sont pas de simples commerces. Ils sont liés à une histoire de liberté sexuelle conquise après des décennies de répression. Les fermer peut être vécu comme un retour à la police des mœurs.
Mais l’épidémie est réelle, terrible, meurtrière. La peur est immense. Des hommes tombent malades, meurent, perdent leurs amis, leurs amants, leurs communautés.
La difficulté historique est là : comment penser la santé publique sans renforcer la honte ? Comment prévenir sans punir ? Comment protéger sans effacer les lieux de vie d’une communauté ?
Ce que défend Allan Bérubé : prévention plutôt que punition
L’un des apports majeurs de Bérubé est de replacer les bathhouses dans une histoire longue, au lieu de les traiter seulement comme un “problème” des années sida.
Son travail invite à penser que les politiques publiques fondées uniquement sur la fermeture ou la répression peuvent manquer leur objectif si elles ignorent les réalités sociales des hommes concernés.
Fermer un lieu ne fait pas disparaître le désir.
Fermer un lieu ne fait pas disparaître les pratiques.
Fermer un lieu peut parfois rendre les pratiques moins visibles, donc plus difficiles à accompagner.
Cela ne signifie pas que tout lieu doit être défendu sans condition. Les lieux adultes doivent respecter des règles, des personnes, des normes de sécurité, de santé, de consentement et de prévention.
Mais l’histoire montre qu’une politique efficace doit tenir compte des communautés concernées. La prévention fonctionne mieux lorsqu’elle parle aux gens là où ils sont, dans leur langage, avec leurs réalités.
Ce que cette histoire dit encore aujourd’hui
Aujourd’hui, les débats ne sont plus exactement ceux des années 1980. Les connaissances sur le VIH ont profondément changé. Les traitements, le dépistage, la PrEP, le TPE, les préservatifs, les campagnes de santé sexuelle et le principe “indétectable = intransmissible” ont transformé la prévention.
Le CDC rappelle par exemple que la PrEP réduit fortement le risque de contracter le VIH lorsqu’elle est prise comme prescrite, tout en précisant qu’elle ne protège pas contre les autres IST et que les préservatifs peuvent aider à prévenir certaines IST. (CDC)
Santé publique France suit aussi l’usage de la PrEP chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, une population particulièrement concernée par les stratégies de prévention du VIH. (Santé publique France)
Mais l’histoire des saunas gays reste actuelle pour plusieurs raisons :
- les lieux de rencontre LGBTQ+ continuent d’être fragiles ;
- la sexualité gay reste parfois stigmatisée ;
- la santé publique peut encore être utilisée de façon punitive ;
- les espaces communautaires physiques ont été fragilisés par les applications ;
- la mémoire du sida reste centrale dans l’histoire gay ;
- les questions de consentement, de prévention et de respect restent essentielles.
Les saunas gays appartiennent donc à une histoire vivante : celle des corps, des lieux, des risques, des plaisirs et des communautés.
Saunas gays, consentement et santé sexuelle aujourd’hui
Parler des saunas gays aujourd’hui exige de parler clairement de consentement et de santé sexuelle.
Un sauna gay est un lieu adulte. Il peut être un espace de détente, de rencontre, de nudité, d’intimité ou de sexualité. Mais rien n’y autorise l’absence de respect.
Quelques principes essentiels :
- le consentement doit être clair ;
- chacun peut dire non ;
- chacun peut changer d’avis ;
- personne n’est obligé de faire quoi que ce soit ;
- le silence n’est pas un accord ;
- toucher quelqu’un sans consentement n’est jamais acceptable ;
- les règles du lieu doivent être respectées ;
- l’anonymat des autres doit être protégé ;
- les photos et vidéos sont à éviter ou interdites selon les lieux ;
- la prévention sexuelle doit être prise au sérieux.
Sur le plan santé, il est important de distinguer :
- VIH : le virus ;
- sida : le stade avancé de l’infection sans traitement ;
- PrEP : traitement préventif avant exposition ;
- TPE : traitement d’urgence après exposition potentielle ;
- dépistage : outil clé pour connaître son statut ;
- préservatifs : protection contre plusieurs IST ;
- traitement VIH : permet aux personnes vivant avec le VIH de vivre longtemps et, avec une charge virale indétectable, de ne pas transmettre le VIH par voie sexuelle selon les recommandations de santé publique.
Pour toute décision personnelle, il faut consulter un professionnel de santé ou un centre spécialisé.
Les saunas gays sont-ils seulement des lieux de sexe ?
Non.
Les saunas gays peuvent être des lieux sexuels, mais leur histoire montre qu’ils ont aussi été :
- des lieux de refuge ;
- des lieux d’anonymat ;
- des espaces communautaires ;
- des points d’information ;
- des lieux de prévention ;
- des espaces de liberté corporelle ;
- des lieux de mémoire ;
- des objets de débat politique ;
- des symboles de la culture gay urbaine.
Les réduire au sexe, c’est manquer une partie de leur importance historique. Les idéaliser, ce serait aussi oublier les questions de santé, de pouvoir, de consentement, d’exclusion ou de sécurité.
Leur histoire est intéressante précisément parce qu’elle est ambivalente.
Pourquoi cette mémoire compte pour les hommes gays d’aujourd’hui
Pour beaucoup d’hommes gays, bi, bears, daddies, matures ou queer, les lieux physiques de rencontre ont changé. Les applications ont transformé la façon de se parler, de flirter, de se montrer, de se cacher, de voyager et de rencontrer.
Mais la question de fond reste la même : où peut-on exister ?
Les saunas gays posaient cette question dans le langage de leur époque. Les applications la posent autrement. Les bars, Pride, associations, plages, forums, groupes bears et espaces communautaires continuent de la poser.
L’histoire des saunas gays rappelle que les lieux LGBTQ+ ne sont jamais seulement pratiques. Ils sont aussi politiques. Ils disent quelque chose sur la visibilité, la honte, la liberté, le risque, le plaisir et la communauté.
Un lieu où des hommes gays peuvent se rencontrer sans se justifier n’est jamais anodin.
FAQ — Histoire des saunas gays
Les saunas gays trouvent leur origine dans l’histoire plus large des bains publics, des lieux masculins de sociabilité et des espaces discrets où des hommes pouvaient se rencontrer dans des sociétés hostiles à l’homosexualité.
Un bain public est d’abord un lieu d’hygiène ou de détente. Le terme bathhouse est souvent utilisé en anglais pour désigner les bains devenus lieux de rencontre entre hommes. Un sauna gay désigne aujourd’hui un lieu adulte explicitement orienté vers une clientèle gay ou masculine LGBTQ+.
Allan Bérubé était un historien important de la vie LGBTQ+ américaine. Il a notamment écrit “The History of Gay Bathhouses”, un texte de référence sur l’histoire des bathhouses gays, publié dans le Journal of Homosexuality. (PubMed)
Non. Ils ont été des lieux de sexualité, mais aussi des espaces de sociabilité, d’anonymat, de refuge, d’information communautaire et parfois de prévention.
San Francisco a été un centre majeur de culture gay urbaine, de libération sexuelle, de mobilisation communautaire et de débats autour des bathhouses pendant l’épidémie de sida.
Ils ont été au centre de débats de santé publique. Certains voulaient les fermer pour limiter les risques, tandis que d’autres voulaient les utiliser comme lieux de prévention, d’information et de réduction des risques.
Parce que les bathhouses étaient perçus comme des lieux où des comportements sexuels à risque pouvaient avoir lieu pendant l’épidémie de sida. Mais cette position a été contestée par des militants et acteurs de santé qui craignaient que la fermeture déplace les pratiques vers des lieux moins accessibles à la prévention.
La question reste débattue historiquement. Plusieurs militants et chercheurs ont souligné que la prévention dépend des comportements, de l’information, du dépistage et de l’accès aux outils de réduction des risques, pas seulement de la fermeture de lieux.
Oui, il existe encore des saunas gays dans de nombreuses villes, même si leur rôle a changé avec les applications de rencontre, l’évolution des pratiques sociales et les nouvelles approches de prévention.
Parce qu’ils ont participé à la construction de réseaux gays, de formes de sociabilité, de lieux de refuge, de débats politiques et de stratégies communautaires de prévention.
Aucun lieu adulte ne peut garantir une sécurité totale. La sécurité dépend des règles du lieu, du respect du consentement, de la prévention sexuelle, de la modération, des comportements individuels et de la capacité à partir ou demander de l’aide si nécessaire.
Il faut retenir que ces lieux ont été à la fois des espaces de désir, de refuge, de communauté, de prévention, de conflit et de mémoire. Leur histoire permet de mieux comprendre la culture gay moderne et les tensions entre sexualité, santé publique et liberté.
Conclusion
L’histoire des saunas gays est une histoire de corps, de villes, de peur, de plaisir, de silence et de communauté.
Ces lieux ont permis à des hommes de se rencontrer quand il existait peu d’espaces pour le faire. Ils ont offert un refuge relatif dans des sociétés hostiles. Ils ont participé à la construction d’une culture gay urbaine. Ils ont aussi été traversés par des débats difficiles, notamment pendant l’épidémie de sida.
Les saunas gays ne doivent être ni réduits à des clichés, ni idéalisés. Ils doivent être compris comme des lieux complexes, à la fois intimes et politiques.
Ce que cette histoire rappelle, c’est qu’une communauté ne se construit pas seulement dans les discours officiels. Elle se construit aussi dans les lieux où les gens se trouvent, se reconnaissent, se désirent, s’aident, se disputent, se protègent et survivent.
La mémoire des saunas gays fait partie de la mémoire LGBTQ+ parce qu’elle raconte une question toujours actuelle :
où les hommes gays peuvent-ils exister librement, sans honte et sans disparaître ?
Sources et références
- Allan Bérubé, “The History of Gay Bathhouses”, Journal of Homosexuality, référence PubMed. (PubMed)
- San Francisco AIDS Foundation — “The bathhouse battle of 1984”, sur les débats autour des bathhouses, de la santé publique, des libertés civiles et du VIH/sida. (San Francisco AIDS Foundation)
- CDC — Preventing HIV with PrEP, informations sur la PrEP, les préservatifs et la prévention du VIH. (CDC)
- Santé publique France — PrEP de l’infection au VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, enquête Rapport au sexe 2023. (Santé publique France)
- PubMed — “The San Francisco bathhouse battles of 1984: civil liberties, AIDS risk, and shifts in health policy”, référence sur les débats de 1984. (PubMed)
Rédigé par : Bearwww Editorial Team
Inspiré des travaux de : Allan Bérubé
Relu par : Alain VEST spécialiste santé sexuelle / archiviste communautaire
Dernière mise à jour : 29 avril 2026
Note sur l’adaptation :
Cet article est une adaptation éditoriale en français inspirée des travaux historiques d’Allan Bérubé sur les bathhouses gays. Il ne reproduit pas intégralement le texte original. Pour toute traduction intégrale, republication ou usage académique, vérifiez les droits auprès de l’éditeur ou des ayants droit.
Note santé :
Cet article propose une analyse historique et culturelle. Il ne constitue pas un conseil médical. Pour toute question sur le VIH, les IST, la PrEP, le TPE, le dépistage ou la prévention, consultez un professionnel de santé, un CeGIDD, une association spécialisée ou une structure de santé sexuelle.