Longtemps réduits au silence, les hommes gays ont trouvé dans les bains bien plus qu’un refuge pour le désir : un espace de survie, de dignité et de construction politique.
Sommaire
Par Allan Bérubé — adaptation éditoriale en français
Avant les drapeaux, avant les marches, avant même l’idée d’une communauté visible, il y eut des portes discrètes, des couloirs de vapeur, des cabines fermées à clé. Dans l’Amérique du XXe siècle, les saunas gays n’ont pas seulement accueilli des corps en quête de plaisir : ils ont offert à des générations d’hommes une première expérience de liberté, de sécurité et de reconnaissance mutuelle. Loin d’être anecdotiques, ces lieux appartiennent pleinement à l’histoire politique gay. Et lorsqu’au début des années 1980 ils deviennent la cible d’une nouvelle offensive publique au nom de la santé, c’est toute une mémoire de la répression, de la clandestinité et de la résistance qui resurgit.
Avant tout, survivre
Pendant des siècles, la société a fabriqué de l’homosexualité une figure du péché, du crime ou de la maladie. Aux États-Unis, cette stigmatisation ne relevait pas seulement du discours moral : elle s’incarnait dans la loi, dans la police, dans les tribunaux, dans l’espace public lui-même.
Avant qu’il n’existe des responsables politiques gays visibles, des librairies communautaires, des journaux militants, des commerces identifiés ou des quartiers reconnus, des hommes et des femmes ont pourtant commencé à créer autre chose : des lieux où il devenait enfin possible d’être soi.
Les bars et les établissements de bains furent parmi les tout premiers.
Ils ne furent pas de simples décors de sociabilité marginale. Ils furent des zones de respiration dans un monde organisé pour nier, humilier et punir. Des hommes y ont risqué l’arrestation, la prison, la ruine sociale, la perte de leur emploi, le rejet familial, les coups, parfois la mort, pour transformer quelques lieux ordinaires en espaces de sécurité.
Avant les droits, il y a eu les refuges. Avant les slogans, il y a eu les portes closes derrière lesquelles on pouvait enfin respirer.
Quand la ville devient clandestine
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les relations sexuelles entre hommes sont criminalisées. En Californie comme ailleurs, elles relèvent des « crimes contre nature ». La conséquence est brutale : les hommes qui désirent d’autres hommes n’ont, en pratique, aucun droit à l’intimité.
Les archives judiciaires de l’époque racontent une violence méthodique. Des propriétaires percent des murs. Des employés observent par les serrures. Des concierges espionnent. Des policiers enfoncent des portes. Le privé n’existe pas pour les homosexuels : tout peut devenir public, donc punissable.
Dans ce cadre, les hommes gays apprennent à vivre dans les fissures de la ville. Ils développent une géographie parallèle, faite de parcs nocturnes, de rues discrètes, de plages isolées, de toilettes publiques, de balcons de cinéma, de chambres d’hôtel bon marché, de YMCA et d’établissements de bains.
Ces lieux ont un point commun : ils permettent à la fois l’anonymat et la rencontre. Ils offrent la promesse fragile d’un instant de proximité dans un monde de surveillance.
Mais ils sont dangereux. On y risque l’arrestation, le chantage, le vol, les agressions, le meurtre.
Et pourtant, on y retourne.
Parce qu’au cœur de cette peur, quelque chose d’essentiel se joue déjà : la possibilité de ne plus être seul.
Les bains, premiers territoires d’une intimité possible
Les établissements de bains ne deviennent pas gays du jour au lendemain. Leur transformation s’opère lentement, au fil des usages, des complicités silencieuses et des réputations partagées.
D’abord, ce sont des bains ordinaires, fréquentés par des hommes divers, où des rencontres homosexuelles peuvent parfois avoir lieu. Puis certains établissements deviennent des « endroits favoris » : des lieux dont on sait, à voix basse, qu’ils tolèrent davantage certaines pratiques, à certaines heures, avec certains employés, voire avec l’indulgence du policier du quartier.
Ensuite apparaissent les premiers saunas véritablement gays, surtout dans les années 1920 et 1930. Ils ressemblent encore physiquement aux bains turcs ou russes traditionnels, mais une différence majeure s’impose : on peut y avoir des relations sexuelles dans des cabines fermées.
Enfin viennent les saunas gays modernes, à partir des années 1950 et 1960, explicitement conçus pour une clientèle homosexuelle.
Leur importance est immense.
Ils offrent d’abord la sécurité. Face aux rues, aux parcs ou aux toilettes publiques, les bains apparaissent comme des lieux où le risque de chantage ou de violence peut être limité.
Ils offrent aussi une forme rare de démocratie. Nus, les corps effacent temporairement certaines hiérarchies sociales. Des hommes de différents milieux s’y croisent, s’y parlent, s’y reconnaissent.
Ils offrent enfin la vie privée, cette chose presque inimaginable pour des hommes que la société a longtemps traités comme s’ils n’avaient droit à aucun secret, à aucune tendresse, à aucune intimité.
Dans une société qui refusait aux hommes gays jusqu’au droit d’aimer discrètement, les saunas ont inventé l’un des premiers espaces de vie privée homosexuelle.
San Francisco, laboratoire d’une culture gay
À San Francisco, les premières références aux relations sexuelles entre hommes dans les bains remontent aux années 1890. Mais c’est à partir des années 1920 et 1930 que plusieurs établissements deviennent clairement identifiés comme majoritairement gays. Parmi eux : Palace Baths ou encore Jack’s Baths.
Le changement est décisif.
Pour la première fois, des hommes homosexuels peuvent se rencontrer dans des lieux où l’homosexualité n’est plus un accident, mais une possibilité attendue. Ce n’est pas qu’une commodité sexuelle. C’est une révolution symbolique.
Car avant cela, beaucoup d’hommes avaient appris à mépriser leur propre désir. Ils pouvaient rechercher des encounters furtives avec des hommes supposés « vraiment masculins », souvent imaginés comme hétérosexuels, tout en rejetant l’idée même d’un attachement à d’autres hommes gays.
Les saunas participent à casser ce schéma. Ils permettent à une génération nouvelle de découvrir qu’un autre homme gay peut être désirable, aimable, digne d’affection. Dans une époque où l’idée même de fierté gay n’a pas encore trouvé ses mots, ces lieux ouvrent un chemin vers l’acceptation de soi.
Ils changent non seulement les pratiques, mais la perception de soi.
Sous la vapeur, la guerre
La Seconde Guerre mondiale transforme brutalement San Francisco. La ville devient un point de passage stratégique pour des milliers de militaires envoyés vers le Pacifique. Beaucoup savent qu’ils pourraient ne jamais revenir.
Les bains prennent alors une importance nouvelle. Ils offrent un espace sûr, discret, à un moment où les chambres d’hôtel sont rares et où certains bars gays sont interdits au personnel militaire. Dans cette période suspendue, ils deviennent des lieux d’intensité particulière : désir urgent, peur diffuse, rencontres fugaces, parfois liens plus profonds.
Derrière la fonction sexuelle, une autre réalité apparaît : les saunas servent aussi de refuge émotionnel.
Ils permettent d’exister un instant en dehors de la discipline, de la guerre, de l’obligation virile.
Des lieux de désir, mais aussi de culture
À partir des années 1960 et surtout dans les années 1970, les saunas gays changent d’échelle. Ils ne sont plus seulement des lieux de rencontre ; ils deviennent des institutions communautaires à part entière.
On y voit apparaître des salles vidéo, des projections de films porno, des espaces plus élaborés, des labyrinthes, des décors fantasmatiques, des trous de gloire, des cabines repensées comme véritables architectures du désir. Certains établissements confient leurs murs à des artistes gays qui y peignent des fresques érotiques. D’autres organisent des spectacles, des soirées à thème, des événements festifs autour de la Gay Pride, de Noël, d’Halloween ou du Nouvel An.
Pour beaucoup d’hommes rejetés par leur famille, ces fêtes comptent immensément. Elles offrent un substitut à la solitude. Elles valident une existence.
La presse gay y circule. Des campagnes de dépistage y sont organisées. Des services nouveaux apparaissent : cafés, snack-bars, pistes de danse, soirées communautaires. Ce qui se joue dans ces lieux dépasse désormais largement le sexe.
Ils deviennent des infrastructures de vie gay.
Les saunas n’étaient pas seulement des lieux de passage. Ils étaient des lieux d’appartenance.
Le tournant des années sida
Puis vient le début des années 1980. Avec l’épidémie de sida, l’histoire bascule.
Le débat public autour des saunas devient explosif. Les autorités sanitaires, les élus, la police, les tribunaux, les militants et les propriétaires de bains se retrouvent au cœur d’une question aussi urgente que douloureuse : comment enrayer l’épidémie sans replonger une communauté entière dans la clandestinité, la honte et la persécution ?
Dans ce contexte, certains saunas commencent déjà à se transformer. Des brochures sur le sexe plus sûr y sont diffusées. Des préservatifs y sont distribués. Des forums d’information y sont organisés. Des espaces sont condamnés, d’autres repensés. Certains établissements introduisent des soirées centrées sur des pratiques considérées comme moins risquées.
Mais pour Allan Bérubé, une chose est claire : fermer les saunas ne supprimera pas l’activité sexuelle. Cela ne fera que la déplacer.
Et l’histoire lui donne des arguments solides.
La vieille tentation : punir plutôt que comprendre
Depuis le XIXe siècle, les campagnes contre les bars et les saunas gays reviennent par vagues. Elles se présentent tour à tour comme des croisades morales, des opérations de santé publique, des actions de maintien de l’ordre ou des offensives contre le vice.
Mais derrière les motifs affichés, leur logique se ressemble : surveiller, infiltrer, humilier, arrêter, fermer.
Des policiers en civil notent les gestes, les regards, les caresses, les baisers. Des pièges sont tendus. Des descentes sont organisées. Les preuves ainsi obtenues servent à priver les homosexuels de lieux où se retrouver légalement.
Le résultat, lui, est presque toujours le même : les pratiques ne disparaissent pas, elles se déplacent. Les clients vont ailleurs. Les rencontres changent de décor. La clandestinité se réorganise.
Et pendant ce temps, les coûts sociaux montent : peur, défiance, colère, mobilisation politique.
Chaque fois que l’État a voulu effacer les lieux gays, il n’a fait que déplacer les corps — et radicaliser la mémoire.
1984 : fermer les saunas, déplacer le danger
Quand San Francisco tente de fermer ses saunas en 1984 pour freiner la propagation du sida, Bérubé alerte sur les conséquences prévisibles.
La clientèle se disperse hors de la ville, vers des établissements encore ouverts ailleurs. D’autres hommes reviennent vers les anciens territoires sexuels : rues, parcs, espaces publics, YMCA. En d’autres termes, on retire à une communauté des lieux identifiés, encadrables, transformables, pour renvoyer les pratiques vers des espaces plus précaires, plus visibles, plus risqués, et plus difficiles à atteindre par les politiques de prévention.
La ville supporte aussi un coût financier direct : surveillance, détectives privés, policiers infiltrés, procédures judiciaires, contentieux.
Mais le coût le plus profond est politique.
Car à chaque tentative d’élimination des institutions gays, la même mécanique réapparaît : la communauté s’organise pour défendre ses espaces, ses libertés, sa dignité. De nouveaux groupes se forment. Les lignes se durcissent. La confiance avec les autorités s’effrite.
Or, face à une crise sanitaire, cette confiance est essentielle.
Ce que la mémoire refuse d’oublier
L’une des grandes forces du texte de Bérubé tient à sa lucidité historique. Il rappelle que la méfiance des gays envers l’État n’est pas une réaction irrationnelle. Elle a été construite par l’histoire.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’armée et la marine ont dressé des listes d’hommes soupçonnés d’être homosexuels. Le FBI a lui aussi constitué des fichiers. Des projets de détention ont été envisagés. Dans ce contexte, les peurs suscitées dans les années sida par l’idée de registres nominatifs ou de nouvelles formes de surveillance ne relèvent pas du fantasme. Elles s’ancrent dans des précédents bien réels.
Fermer les saunas, surveiller les sexualités, stigmatiser les clients et les propriétaires, c’est donc réactiver une mémoire de persécution toujours vive.
Et c’est, selon Bérubé, compromettre la coopération pourtant indispensable entre pouvoirs publics et communauté gay.
Trois leçons politiques
Le texte défend alors une position ferme : les saunas doivent être pensés non comme des ennemis à abattre, mais comme des ressources à mobiliser.
Première leçon : en faire des outils de prévention.
Puisqu’ils attirent précisément les hommes que la santé publique cherche à atteindre, ils peuvent devenir des lieux d’éducation, d’information, de réduction des risques et de transformation des pratiques.
Deuxième leçon : préserver leur rôle de refuge.
Tant que les hommes gays restent exposés à la violence, au rejet et à l’humiliation, supprimer ces espaces ne peut être considéré comme un geste neutre.
Troisième leçon : sauver la confiance.
Sans relation de coopération entre la ville et la communauté gay, aucune stratégie sanitaire ne peut réellement fonctionner. La peur, la stigmatisation et la surveillance ne font que pousser les pratiques plus loin dans l’ombre.
Pull quote
“La fermeture des saunas créera plus de problèmes qu’elle n’en résoudra.”
Une descente en 1929
En avril 1929, une descente au Lafayette Brothers’ Turkish Baths de New York offre un condensé de la brutalité de l’époque. Des policiers infiltrés se mêlent aux clients avant de verrouiller l’établissement. Les hommes sont frappés, humiliés, arrêtés, puis conduits au poste. Le témoignage d’un jeune homme européen raconte les coups, les blessures, la peur, l’arbitraire des condamnations. En quelques heures, un lieu d’intimité devient une scène de terreur publique.
Jack’s Baths, ou la possibilité de l’amour
Parmi les souvenirs recueillis par Bérubé, ceux de Jack’s Baths sont particulièrement bouleversants. Un ancien marin raconte y avoir rencontré, en 1944, un homme avec lequel il vivra une histoire d’amour de quinze ans. Son témoignage dit l’essentiel : les bains n’étaient pas seulement des lieux de sexe. Ils pouvaient aussi devenir le point de départ d’un attachement durable, d’une fidélité, d’une vie affective possible.
Oui, de belles choses pouvaient sortir des bains.
Conclusion — Ce que ces lieux ont vraiment protégé
Réduire l’histoire des saunas gays à une histoire du sexe serait passer à côté de leur vérité la plus profonde.
Ils ont protégé bien plus que des pratiques.
Ils ont protégé des existences.
Ils ont protégé la possibilité, pour une minorité traquée, d’apprendre à se voir autrement qu’à travers la honte.
Ils furent des lieux de désir, bien sûr. Mais aussi des abris contre la violence extérieure, des laboratoires de sociabilité, des scènes culturelles, des espaces de santé communautaire, des incubateurs de conscience politique.
L’histoire racontée par Allan Bérubé nous rappelle une chose essentielle : lorsqu’une société attaque les lieux où une communauté se protège, elle n’efface pas le problème qu’elle prétend résoudre. Elle déplace la peur, elle intensifie la clandestinité, elle fracture la confiance.
Au fond, la question demeure d’une actualité intacte :
que choisit de faire une société face à des vies minoritaires — les surveiller, les disperser, les punir, ou enfin travailler avec elles ?
FAQ — Comprendre l’histoire des saunas gays
Un sauna gay est bien plus qu’un simple lieu de rencontre sexuelle. Historiquement, il a constitué pour de nombreux hommes gays un espace de sécurité, de discrétion, de sociabilité et de reconnaissance mutuelle, à une époque où l’homosexualité était criminalisée et fortement stigmatisée.
Parce qu’ils ont offert ce que la société refusait alors : un lieu relativement protégé où il devenait possible d’être soi, de rencontrer d’autres hommes gays, de vivre une intimité, et parfois de construire un sentiment d’appartenance communautaire.
Non. Ils ont aussi été des lieux de socialisation, de solidarité, de culture et de soutien entre pairs. Avec le temps, certains ont accueilli de la presse communautaire, des actions de prévention, des événements festifs, des projections, des performances et des formes d’expression artistique.
Le processus débute à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, lorsque certains bains publics, bains turcs ou bains russes commencent à être connus comme des lieux de rencontre entre hommes. Les premiers véritables saunas gays émergent surtout dans les années 1920 et 1930, avant l’apparition des établissements explicitement conçus pour une clientèle gay dans les années 1950 et 1960.
Parce que les hommes gays vivaient dans un contexte de surveillance, de répression et d’humiliation. Dans de nombreuses villes, ils risquaient l’arrestation, le chantage, les violences ou la perte de leur emploi simplement pour avoir exprimé leur désir. Les saunas représentaient donc une alternative plus sûre que les rues, les parcs ou les toilettes publiques.
Ils ont permis à des générations d’hommes de se rencontrer entre eux dans un cadre moins hostile, de se reconnaître, de se désirer sans honte, et parfois d’apprendre à s’accepter. À ce titre, ils ont participé à l’émergence d’une conscience collective et d’une forme de fierté gay avant même que celle-ci ne soit politiquement formulée.
San Francisco a été l’une des grandes villes où ces établissements ont joué un rôle pionnier. Dès la fin du XIXe siècle, certains bains y sont mentionnés comme lieux de rencontres entre hommes. Au fil du temps, la ville devient un laboratoire de sociabilité gay, où les saunas accompagnent les transformations culturelles, sexuelles et politiques de la communauté.
La guerre a intensifié la fréquentation de certains saunas, notamment à San Francisco, où de nombreux militaires passaient avant leur départ pour le Pacifique. Ces lieux offraient alors un espace d’intimité et de liberté relative dans un contexte marqué par l’incertitude, la peur et la rareté des lieux sûrs.
Parce qu’ils rendaient visible une présence homosexuelle collective. Depuis des décennies, les autorités ont souvent ciblé bars et saunas au nom de la morale, de l’ordre public ou de la santé. Ces campagnes de répression s’inscrivent dans une longue histoire de contrôle des sexualités minoritaires.
Non. L’un des arguments majeurs du texte d’Allan Bérubé est justement que la fermeture de ces lieux ne supprime pas les pratiques : elle les déplace vers d’autres espaces, souvent plus précaires, plus exposés et plus difficiles à intégrer dans une politique de prévention ou de santé publique.
Au début des années 1980, les saunas sont devenus l’objet d’un débat intense dans le contexte de l’épidémie. Certains responsables ont voulu les fermer pour limiter les comportements à risque. Allan Bérubé soutient au contraire qu’ils pouvaient devenir des lieux utiles pour diffuser l’information, promouvoir le sexe plus sûr et maintenir un lien de confiance avec la communauté gay.
Parce qu’il rappelle que toute intervention publique sur les lieux gays réactive une mémoire collective de la surveillance, du fichage, des descentes policières et de la stigmatisation. Comprendre cette histoire est essentiel pour éviter que des politiques de santé ou de sécurité ne reproduisent les violences du passé.
Oui, profondément. Même lorsqu’ils n’étaient pas explicitement militants, ils participaient à une forme de résistance à l’effacement. En offrant des espaces de rencontre, de sécurité et de continuité communautaire, ils ont contribué à rendre possible l’existence même d’une vie gay collective.
Absolument. Ils font partie de l’histoire sociale, culturelle et politique des communautés gays. Les réduire à leur seule fonction sexuelle reviendrait à ignorer leur rôle dans la survie, la dignité, la sociabilité et l’émancipation de générations entières.
L’idée essentielle est la suivante : les saunas gays ne sont pas des lieux périphériques dans l’histoire gay moderne. Ils sont au contraire des espaces centraux, où se sont joués à la fois le désir, la sécurité, la mémoire, la culture et la lutte pour l’existence.