Dans certaines conversations entre hommes gays ou bisexuels, trois mots apparaissent parfois très tôt : top, bottom et versatile. Sur les applications de rencontre gay, ils peuvent même figurer à côté de l’âge, de la localisation ou des centres d’intérêt.
Sommaire
Ces termes ont une fonction pratique. Ils permettent d’exprimer rapidement une préférence intime, de vérifier une forme de compatibilité et d’éviter que chaque nouvelle conversation commence par une longue explication.
Cependant, ce raccourci peut devenir une prison lorsqu’il est utilisé pour définir toute une personne. Un top serait nécessairement dominant et très masculin. Un bottom serait plus doux, plus féminin ou moins affirmé. Une personne versatile serait automatiquement plus ouverte, plus expérimentée ou plus compatible.
Aucune de ces conclusions ne découle d’une préférence intime.
Les recherches sur les hommes gays et bisexuels montrent au contraire que les liens entre rôle déclaré, comportement, personnalité, apparence et identité sont complexes. Une étiquette peut correspondre à une préférence durable, à une inclination du moment, à une manière de se présenter sur une application ou à une pratique qui varie selon la relation. (PubMed)
Comprendre ces mots demande donc de tenir ensemble deux idées : les étiquettes peuvent être utiles, mais elles ne doivent jamais devenir des verdicts sur le caractère, le genre ou la valeur d’une personne.

Top, bottom, versatile et side : définitions simples
Dans leur sens le plus courant, ces mots décrivent des préférences relatives à une pratique intime entre adultes.
| Terme | Signification générale |
|---|---|
| Top | Personne qui préfère habituellement le rôle actif lors d’une relation pénétrative |
| Bottom | Personne qui préfère habituellement le rôle réceptif |
| Versatile ou vers | Personne pouvant apprécier les deux rôles |
| Versatile top | Personne flexible, mais ayant une préférence marquée pour le rôle actif |
| Versatile bottom | Personne flexible, mais ayant une préférence marquée pour le rôle réceptif |
| Side | Personne privilégiant une intimité non pénétrative |
| Sans étiquette | Personne qui ne souhaite pas définir ses préférences par une catégorie fixe |
| Questioning ou en exploration | Personne qui découvre encore ce qui lui convient |
Ces définitions décrivent des préférences, et non :
- une orientation sexuelle ;
- une identité de genre ;
- une apparence physique ;
- un niveau de masculinité ;
- une position de pouvoir dans le couple ;
- une personnalité ;
- une valeur sociale.
Un homme peut être top et réservé, bottom et très directif, versatile mais peu intéressé par les rencontres occasionnelles, ou side tout en ayant une vie intime pleinement satisfaisante.
Pourquoi ces étiquettes existent-elles ?
Un langage communautaire efficace
Les mots top, bottom et versatile servent d’abord de langage commun. Ils permettent de communiquer une préférence sans devoir décrire immédiatement toute son intimité.
Cette fonction peut être précieuse. Pour beaucoup de personnes, notamment lorsqu’elles découvrent la culture gay, disposer de mots partagés facilite la compréhension de soi et les discussions avec de futurs partenaires.
La recherche utilise d’ailleurs l’expression sexual position self-label, que l’on pourrait traduire par « auto-étiquette liée au rôle intime ». Cette formulation est importante : le terme décrit la manière dont une personne se présente, pas nécessairement la totalité de ses comportements passés ou futurs. (PubMed)
Une réponse à une difficulté de compatibilité particulière
Dans un couple hétérosexuel conventionnel, les rôles intimes sont souvent supposés à partir du genre, même si ces suppositions sont elles-mêmes réductrices.
Entre deux hommes, cette répartition ne peut pas être automatiquement déduite du genre des partenaires. Il devient donc nécessaire de parler plus directement des envies, des limites et de la compatibilité.
En ce sens, ces mots peuvent être vus comme un outil de communication queer : ils rendent explicite ce que d’autres modèles relationnels laissent parfois implicite.
Toutefois, cet avantage disparaît lorsque l’étiquette remplace la conversation. Deux personnes se présentant comme versatiles ne souhaitent pas nécessairement les mêmes choses. De même, deux tops ou deux bottoms ne sont pas automatiquement incompatibles si leur conception de l’intimité ne se limite pas à une seule pratique.
Des préférences devenues des identités
Du comportement au profil personnel
Une personne peut dire « je préfère être top » comme elle pourrait dire qu’elle préfère les petits groupes aux grandes soirées. Il s’agit alors d’une information parmi d’autres.
Cependant, le langage communautaire transforme parfois cette préférence en identité globale : « je suis un top » ou « je suis un bottom ».
Ce passage du verbe préférer au verbe être n’est pas anodin. Il peut aider certaines personnes à assumer ce qu’elles aiment. En revanche, il peut aussi créer le sentiment qu’il faut rester cohérent toute sa vie avec une catégorie choisie à vingt ans.
Une étude longitudinale menée auprès de jeunes hommes appartenant à des minorités sexuelles a justement examiné la stabilité de ces identifications au fil du temps. Elle montre que les catégories peuvent être relativement stables chez certains participants, mais qu’elles peuvent également évoluer avec l’expérience et le contexte. (PubMed)
Les applications ont renforcé leur visibilité
Les applications de rencontres gay géolocalisées ont transformé ces mots en données de profil. Une préférence qui aurait autrefois été exprimée au cours d’une conversation peut désormais devenir un filtre visible avant même le premier message.
Des travaux récents sur les applications de rencontre gay montrent qu’elles ne se contentent pas de refléter les identités existantes : leur interface, leurs catégories et leurs modes de classement participent aussi à la manière dont les utilisateurs pensent et présentent leurs désirs. (PMC)
Cela produit deux effets opposés.
D’un côté, la communication devient plus simple. Une personne peut annoncer clairement ce qui lui convient et éviter certaines incompatibilités.
De l’autre, les individus risquent d’être réduits à quelques métadonnées : âge, silhouette, origine perçue et rôle intime. Le profil devient alors une fiche technique plutôt qu’une introduction à une personne réelle.
Ce que les étiquettes disent — et ce qu’elles ne disent pas
Une étiquette peut indiquer une préférence générale. Elle ne permet pas de déduire automatiquement le comportement qui sera adopté avec chaque partenaire.
Les études constatent d’ailleurs des écarts entre l’identité déclarée et les pratiques rapportées. Cette différence est particulièrement visible parmi les personnes versatiles, dont les possibilités réelles peuvent dépendre du partenaire, du contexte et de la dynamique relationnelle. (PMC)
Cela ne signifie pas que la personne ment. Une préférence et une expérience récente ne sont pas la même chose.
Par exemple, quelqu’un peut :
- se considérer versatile, mais avoir occupé un seul rôle dans sa relation précédente ;
- préférer un rôle tout en restant ouvert à l’autre ;
- changer de préférence selon le partenaire ;
- avoir modifié ses envies avec l’âge ;
- choisir temporairement une autre forme d’intimité ;
- ne pas avoir encore eu l’occasion d’explorer ce qui l’attire.
Une étiquette est donc mieux comprise comme une indication, et non comme une garantie contractuelle.
Le piège des stéréotypes de genre intériorisés
« Actif » ne veut pas dire masculin
Dans l’imaginaire hétéronormatif, l’initiative, le contrôle et l’activité sont fréquemment associés au masculin. À l’inverse, la réceptivité est rapprochée de la féminité, puis parfois dévalorisée.
Ces représentations peuvent être reproduites au sein même des communautés gays.
Une étude qualitative menée auprès de jeunes hommes gays a montré que certains participants associaient le rôle top à la masculinité et le rôle bottom à la féminité. Ces croyances influençaient leur perception d’eux-mêmes, leur manière de choisir un partenaire et, dans certains cas, leurs décisions relatives à la santé sexuelle. (PubMed)
Pourtant, recevoir n’est pas synonyme de passivité psychologique. Prendre l’initiative ne définit pas non plus la masculinité d’une personne.
Le tempérament, l’assurance, la façon de communiquer et le rôle dans la relation ne peuvent pas être déduits d’une préférence intime.
« Bottom » ne veut pas dire soumis
Une personne bottom peut être celle qui :
- initie la rencontre ;
- exprime le plus clairement ses limites ;
- choisit le rythme ;
- organise le rendez-vous ;
- prend les décisions importantes du couple ;
- possède une personnalité très affirmée.
De la même manière, une personne top peut préférer suivre les propositions de son partenaire et ne rechercher aucune position de domination.
Le vocabulaire top-bottom ne doit pas être confondu avec celui des dynamiques de pouvoir. Ce sont des dimensions différentes, même lorsqu’elles se rencontrent chez certaines personnes.
« Top » ne veut pas dire émotionnellement distant
Un autre cliché associe le top à la maîtrise, à la froideur ou à l’indépendance. Il reproduit une conception restrictive de la masculinité dans laquelle montrer ses émotions deviendrait une faiblesse.
Or, des recherches portant plus largement sur les hommes gays et bisexuels relient la pression à se conformer à certaines normes masculines à des effets négatifs sur la santé mentale. (PMC)
La capacité d’écouter, d’exprimer ses besoins et d’accepter sa vulnérabilité ne dépend d’aucun rôle intime.
Quand les plaisanteries deviennent une hiérarchie
Les communautés créent naturellement de l’humour autour de leurs propres codes. Les blagues sur les tops, les bottoms ou les versatiles peuvent produire de la complicité lorsqu’elles restent consenties et contextuelles.
Cependant, elles deviennent problématiques lorsqu’elles installent une hiérarchie durable.
Les bottoms sont parfois décrits comme faibles, excessivement émotifs ou disponibles. Les tops sont présentés comme rares, tout-puissants ou incapables de tendresse. Les versatiles seraient nécessairement supérieurs parce qu’ils offriraient davantage de possibilités.
Ces caricatures peuvent sembler légères. Pourtant, répétées constamment, elles influencent l’image corporelle, l’estime de soi et la manière dont chacun juge sa propre masculinité.
Une étude publiée en 2024 a ainsi relevé des différences entre groupes d’auto-identification concernant l’intériorisation des idéaux de minceur, la recherche de muscularité et certaines difficultés liées à l’image corporelle. Ces résultats ne signifient pas que le rôle cause ces problèmes ; ils montrent plutôt que les étiquettes s’inscrivent dans un environnement plus large de normes physiques et genrées. (PubMed)
La versatilité : liberté ou nouvelle injonction ?
Sortir d’une opposition rigide
La versatilité peut représenter une forme de liberté. Elle autorise une personne à ne pas choisir définitivement entre deux possibilités et à adapter ses préférences à la relation ou au moment.
Elle remet également en question l’idée selon laquelle un couple aurait obligatoirement besoin d’un membre occupant toujours un rôle et d’un autre occupant toujours le rôle inverse.
Cependant, la versatilité n’est pas une preuve automatique d’ouverture d’esprit. Elle décrit avant tout une préférence ou une capacité. Une personne exclusivement top ou bottom n’est pas nécessairement rigide, moins évoluée ou prisonnière d’un stéréotype.
Éviter de remplacer une ancienne norme par une nouvelle
Il serait tentant de présenter la versatilité comme l’étape supérieure de l’évolution sexuelle : d’abord limité par une étiquette, puis enfin libéré grâce à la polyvalence.
Cette vision reproduirait précisément le problème qu’elle prétend résoudre.
La liberté ne consiste pas à obliger tout le monde à tout apprécier. Elle consiste à pouvoir :
- explorer sans honte ;
- conserver une préférence exclusive sans être jugé ;
- changer d’avis ;
- ne pas changer d’avis ;
- choisir une étiquette ;
- refuser toute étiquette.
La versatilité devient émancipatrice lorsqu’elle constitue une possibilité parmi d’autres, et non une nouvelle norme obligatoire.
La fluidité des préférences
Une préférence peut évoluer
Les envies peuvent changer avec le temps, la confiance, l’état de santé, une nouvelle relation ou une meilleure connaissance de soi.
Cette évolution ne rend pas les préférences précédentes fausses. Elle montre simplement que l’intimité humaine est parfois contextuelle.
Les travaux consacrés à la construction des identités top, bottom et versatile indiquent que cette auto-identification résulte d’un ensemble de facteurs : premières expériences, réactions corporelles, confiance, perception de soi, partenaires rencontrés et représentations culturelles. Elle ne peut pas être réduite à une caractéristique anatomique ou psychologique unique. (PubMed)
La fluidité n’est pas une obligation d’essayer
Encourager la fluidité ne doit pas devenir une manière élégante de contester les limites d’une personne.
Dire « tu changeras d’avis » ou « tu n’as simplement pas rencontré la bonne personne » peut exercer une pression, même lorsque la phrase se présente comme une invitation à l’ouverture.
Une préférence n’a pas besoin d’être défendue devant un tribunal. Une personne peut savoir ce qu’elle ne souhaite pas, même sans avoir expérimenté toutes les possibilités.
L’émergence des « sides »
Une intimité qui ne place pas la pénétration au centre
Le terme side désigne généralement un homme qui préfère construire son intimité sans pratique pénétrative.
Le psychothérapeute américain Joe Kort a contribué à populariser ce mot en 2013. Il cherchait à donner une visibilité aux hommes qui ne se reconnaissaient ni dans le rôle top, ni dans le rôle bottom, ni nécessairement dans celui de versatile. Le terme a ensuite gagné en visibilité, notamment lorsque Grindr l’a intégré à ses options de position en 2022. (Dr Joe Kort)
L’apparition de cette catégorie répond à une pression culturelle particulière : l’idée selon laquelle toute relation intime entre deux hommes devrait obligatoirement s’organiser autour d’une pratique pénétrative.
Non pénétratif ne signifie pas incomplet
Certaines personnes utilisent encore le mot « préliminaires » pour désigner tout ce qui ne serait pas l’acte principal. Cette hiérarchie suppose qu’une rencontre devrait suivre un parcours prédéfini vers une conclusion unique.
Les sides remettent en cause ce scénario.
Leur identité rappelle que l’intimité peut être construite autour :
- de la proximité corporelle ;
- du toucher ;
- des baisers ;
- de la tendresse ;
- du massage ;
- de la sensualité ;
- de la communication ;
- d’autres pratiques choisies par les partenaires.
Le site français Sexosafe, porté par Santé publique France, précise également qu’une pratique pénétrative n’est aucunement un passage obligé entre hommes et que certains gays ou bisexuels la pratiquent rarement, voire jamais. (sexosafe.fr)
L’Organisation mondiale de la santé définit, de son côté, la santé sexuelle comme un bien-être physique, émotionnel, mental et social reposant sur une approche positive, respectueuse et exempte de contrainte. Cette définition reconnaît la diversité des sexualités et ne fixe aucun acte comme condition d’une vie intime épanouie. (Organisation mondiale de la santé)
« Side » n’est pas une absence de sexualité
Présenter un side comme une personne qui « ne fait rien » revient à mesurer toute intimité à partir d’un seul modèle.
Pour certains, le terme est une identité durable. Pour d’autres, il correspond à une préférence temporaire, à une période de santé particulière ou simplement à ce qui leur procure le plus de bien-être.
Comme top, bottom ou versatile, il ne doit pas être imposé à quelqu’un qui ne l’utilise pas.
Les étiquettes sur les applications de rencontre
Un bon filtre, mais un mauvais résumé
Sur une application, indiquer une préférence peut éviter des malentendus. Cependant, un profil limité à « top », « bottom » ou « vers » donne peu d’informations sur la personne qui se trouve derrière l’écran.
Un profil plus humain peut également mentionner :
- le type de relation recherché ;
- les passions ;
- le rythme préféré pour faire connaissance ;
- l’importance de la communication ;
- l’ouverture à l’amitié ;
- les limites essentielles ;
- la possibilité que les préférences varient selon la relation.
Par exemple :
« Plutôt versatile, mais je préfère en parler selon la connexion. Je cherche surtout des échanges respectueux, des sorties et une relation qui se construit sans pression. »
Cette formulation communique davantage qu’une catégorie isolée, tout en laissant de la place à la conversation.
Le problème de la question immédiate
Demander une préférence n’est pas irrespectueux en soi. En revanche, commencer chaque échange par « top ou bottom ? » peut donner l’impression que la personne n’existe qu’en fonction de sa compatibilité technique.
Une approche plus relationnelle consiste à commencer par le motif de la rencontre :
- « Qu’est-ce que tu recherches ici ? »
- « Tu préfères discuter un peu avant de te rencontrer ? »
- « Qu’est-ce qui est important pour toi dans une connexion ? »
- « Tu as des préférences ou des limites dont tu aimerais parler ? »
La compatibilité intime compte pour de nombreuses personnes. Elle peut toutefois être abordée sans transformer l’échange en formulaire.
Les refus fondés sur une préférence
Personne n’est obligé de poursuivre une rencontre lorsque les envies semblent incompatibles.
Cependant, il existe une différence entre exprimer une limite et humilier un groupe.
Dire « je pense que nous recherchons des dynamiques différentes » respecte l’autre. Écrire « pas de bottoms », « vrais hommes uniquement » ou une formule dévalorisante transforme une préférence personnelle en jugement collectif.
Parler des préférences dans un couple
Une étiquette n’est pas un consentement permanent
Le fait qu’une personne se présente comme top, bottom, versatile ou side ne signifie pas qu’elle accepte automatiquement une pratique à chaque rencontre.
En droit français, le consentement doit notamment être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Consentir à une activité ne vaut pas accord pour toutes les autres, et chacun peut changer d’avis. (Service Public)
Ainsi :
- « je suis bottom » ne veut pas dire « je suis toujours disponible » ;
- « je suis versatile » ne veut pas dire « tout me convient » ;
- « je suis top » ne dispense pas d’écouter les limites de l’autre ;
- « je suis side » n’autorise personne à négocier jusqu’à obtenir autre chose.
Les questions réellement utiles
Une conversation saine peut porter sur :
- ce qui convient aujourd’hui ;
- ce qui ne convient pas ;
- les pratiques exclues ;
- le rythme souhaité ;
- les préoccupations de santé ;
- les moyens de prévention ;
- les mots ou attitudes qui mettent à l’aise ;
- la possibilité de s’arrêter sans devoir se justifier.
Sexosafe souligne que partager ses envies et communiquer avec son partenaire permet de construire une expérience adaptée au plaisir et au corps de chacun. (sexosafe.fr)
La communication n’enlève rien à la spontanéité. Au contraire, elle évite qu’une personne doive deviner les attentes de l’autre.
Compatibilité et satisfaction relationnelle
Deux personnes disposant de préférences parfaitement complémentaires ne forment pas nécessairement un couple épanoui. À l’inverse, une compatibilité initialement imparfaite ne condamne pas une relation.
Des recherches menées auprès d’hommes gays et bisexuels en couple ont étudié les liens entre auto-étiquette, comportements et satisfaction relationnelle. Elles montrent que ces dynamiques ne peuvent pas être comprises à partir du seul mot top, bottom ou versatile : les arrangements du couple, la communication et la concordance entre attentes et vécu comptent également. (PubMed)
Dans une relation durable, les partenaires peuvent :
- conserver leurs préférences initiales ;
- alterner selon les périodes ;
- développer d’autres formes d’intimité ;
- renégocier leurs attentes ;
- décider que certaines envies ne seront pas partagées ;
- chercher ensemble un arrangement compatible avec leurs valeurs.
Aucun modèle unique ne convient à tous les couples.
Santé sexuelle : parler des pratiques réelles, pas seulement des labels
Une étiquette ne renseigne pas sur l’état de santé d’une personne, ses tests récents, sa stratégie de prévention ou les pratiques effectivement envisagées.
Par conséquent, une discussion de santé sexuelle doit porter sur la réalité, et non sur les suppositions associées au rôle déclaré.
Il peut être utile d’aborder :
- la date des derniers dépistages ;
- les outils de prévention utilisés ;
- les limites de chacun ;
- les questions destinées à un professionnel de santé ;
- les symptômes éventuels ;
- la manière de réagir en cas d’exposition ou d’incident.
Santé publique France rappelle que la prévention du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles repose sur plusieurs outils complémentaires et que les besoins varient selon les personnes et les pratiques. Son dispositif Sexosafe propose des informations spécifiquement destinées aux hommes ayant des relations avec des hommes. (Santé Publique France)
De plus, les pratiques non pénétratives ne sont pas toutes dépourvues de risque. Une personne side doit donc elle aussi pouvoir accéder à une information adaptée, sans que son identité soit invalidée.
Pour une recommandation personnalisée concernant le dépistage, la vaccination, la PrEP, le traitement post-exposition ou toute inquiétude médicale, le plus fiable reste de consulter un CeGIDD, un médecin ou un professionnel formé à la santé LGBTQ+.
Corps, apparence et fausses déductions
On ne « reconnaît » pas un top ou un bottom
La taille, la corpulence, la pilosité, la voix, les vêtements ou la gestuelle ne permettent pas de connaître les préférences intimes d’une personne.
Certaines études ont analysé les associations entre auto-étiquettes, perception de la masculinité et caractéristiques physiques rapportées. Elles montrent surtout combien ces catégories sont prises dans des normes culturelles et corporelles ; elles ne fournissent pas une méthode fiable pour deviner le rôle d’un individu. (PMC)
Supposer qu’un homme musclé est top, qu’un homme mince est bottom ou qu’une personne féminine préfère un rôle précis revient à transformer des stéréotypes en prophéties.
Culture Bear et préférences intimes
Dans la culture Bear, les mêmes étiquettes peuvent être utilisées, mais elles ne découlent pas davantage de la morphologie.
Un Bear peut être top, bottom, versatile, side ou ne choisir aucune catégorie. Un Daddy Bear n’est pas automatiquement top. Un Cub n’est pas automatiquement bottom.
Les identités corporelles ou communautaires et les préférences intimes peuvent se croiser, mais aucune ne détermine l’autre.
Personnes trans et non binaires
Les mots top, bottom et versatile ne concernent pas exclusivement les hommes gays cisgenres. Ils peuvent être utilisés par des personnes trans, non binaires, lesbiennes, bisexuelles ou appartenant à d’autres communautés queer.
Leur sens précis peut varier selon les corps, les pratiques et les sous-cultures.
Ainsi, lorsqu’une personne trans utilise l’un de ces termes, il est préférable de lui demander ce qu’il signifie pour elle plutôt que de supposer une anatomie ou une pratique précise.
Une perspective intersectionnelle
Les étiquettes ne sont pas vécues de la même manière par tout le monde.
La racialisation, l’âge, le handicap, la classe sociale, la corpulence et l’expression de genre influencent la manière dont une personne est perçue sur les applications ou dans les espaces communautaires.
Par exemple, certains hommes racisés peuvent être enfermés dans des attentes stéréotypées concernant leur masculinité, leur corps ou leur rôle intime. Les hommes féminins peuvent subir une dévalorisation plus forte lorsqu’ils se déclarent bottoms. Les personnes handicapées sont parfois considérées à tort comme dépourvues de désir ou d’autonomie.
L’Association américaine de psychologie rappelle que les personnes gays, lesbiennes et bisexuelles ne partagent pas de caractéristiques personnelles communes au-delà de leur orientation, malgré la persistance de nombreux stéréotypes. (APA)
Une culture réellement inclusive ne demande donc pas seulement de respecter l’étiquette déclarée. Elle doit également contester les attentes racistes, validistes, âgistes, grossophobes ou misogynes qui peuvent lui être associées.
Les idées reçues les plus fréquentes
| Idée reçue | Réalité |
|---|---|
| Un top est forcément dominant | Une préférence intime ne détermine pas le pouvoir relationnel |
| Un bottom est passif dans la vie | Il peut être très affirmé et prendre l’initiative |
| Un versatile accepte tout | Chaque activité exige un consentement spécifique |
| Deux tops sont incompatibles | L’intimité ne se limite pas à une seule pratique |
| Deux bottoms ne peuvent pas former un couple | La satisfaction relationnelle dépend de bien plus qu’une étiquette |
| Les personnes versatiles sont plus ouvertes d’esprit | Une préférence ne mesure pas la personnalité |
| Les sides ont une sexualité incomplète | L’intimité non pénétrative est pleinement légitime |
| On peut deviner le rôle d’après le physique | L’apparence ne permet pas de connaître les préférences |
| Une étiquette ne change jamais | Les envies peuvent être stables ou évoluer |
| Refuser une étiquette signifie être indécis | Ne pas se catégoriser peut être un choix clair |
| Un Daddy est forcément top | L’âge et la sous-culture ne déterminent aucun rôle |
| La pratique définit l’orientation | L’orientation, l’identité et le comportement sont des dimensions distinctes |
Comment trouver l’étiquette qui vous convient
Il n’est pas nécessaire de répondre immédiatement.
Vous pouvez vous demander :
Qu’est-ce qui me plaît réellement ?
Essayez de distinguer vos envies personnelles de ce que vous pensez devoir apprécier pour paraître masculin, expérimenté ou désirable.
Qu’est-ce qui vient de la pression sociale ?
Certaines personnes adoptent un rôle parce qu’elles ont entendu qu’il correspondait mieux à leur corps, à leur âge ou à leur expression de genre.
Une préférence choisie librement n’a pas besoin de correspondre aux attentes des autres.
Est-ce une préférence ou une règle absolue ?
Vous pouvez avoir une inclination forte tout en restant parfois flexible. À l’inverse, vous pouvez savoir qu’une pratique ne vous convient jamais.
Les deux positions sont légitimes.
Est-ce que le mot m’aide ?
Une bonne étiquette facilite la compréhension de soi et la communication.
Lorsqu’elle produit surtout de l’anxiété, de la honte ou la peur d’être incohérent, elle mérite peut-être d’être assouplie ou abandonnée.
Ai-je le droit de changer ?
Oui. Modifier sa manière de se définir ne signifie pas que l’on a trompé ses anciens partenaires ou échoué à connaître son corps.
Cela peut simplement refléter une évolution.
[Insérer ici un questionnaire interactif et non prescriptif permettant au lecteur de réfléchir à ses préférences sans lui attribuer automatiquement une étiquette]
Créer des échanges plus respectueux sur les applications
Une culture d’application plus humaine commence par des changements simples.
Présenter une préférence sans dévaloriser les autres
Écrivez ce que vous recherchez plutôt que ce que vous méprisez.
Respectueux : « Plutôt bottom, à la recherche d’une personne compatible et attentionnée. »
Dévalorisant : « Pas de bottoms, pas de mecs féminins. »
La première formulation expose une préférence. La seconde transforme cette préférence en hiérarchie.
Accepter qu’une catégorie ne raconte pas tout
Deux profils compatibles sur le papier peuvent ne pas ressentir de connexion. Deux personnes apparemment incompatibles peuvent, au contraire, découvrir d’autres formes de proximité.
Il reste donc utile de parler avant de conclure.
Ne pas négocier les limites
Lorsqu’une personne se dit side, exclusivement top ou exclusivement bottom, répondre en essayant immédiatement de la faire changer d’avis n’est pas une conversation ouverte.
La curiosité respecte la réponse. La pression tente de la contourner.
Faire des rencontres plus humaines avec BEARWWW
Les étiquettes peuvent faciliter la compatibilité, mais elles ne devraient jamais remplacer la personnalité. Sur BEARWWW, les Bears, Cubs, Daddies et admirateurs adultes peuvent indiquer leurs affinités tout en mettant en avant leurs centres d’intérêt, leurs attentes et leur manière de créer du lien. Prenez le temps de discuter, d’exprimer clairement vos limites et d’organiser une première rencontre respectueuse dans un lieu public.
Rencontrer la communauté Bear sur BEARWWW
Dépasser la fatigue des applications
La « dating fatigue » apparaît notamment lorsque chaque conversation reproduit le même interrogatoire : rôle, apparence, disponibilité, puis silence.
Pour alléger cette pression :
- masquez temporairement votre profil lorsque vous êtes épuisé ;
- évitez d’entretenir trop de conversations simultanément ;
- formulez clairement ce que vous recherchez ;
- accordez de l’importance aux intérêts communs ;
- proposez une rencontre publique simple lorsque l’échange est agréable ;
- acceptez qu’une connexion puisse devenir amicale ;
- quittez une conversation irrespectueuse sans vous justifier longuement ;
- ne mesurez pas votre valeur au nombre de réponses.
Les applications sont des outils de mise en relation. Elles ne constituent pas un classement objectif de la désirabilité.
Foire aux questions
Ces termes décrivent généralement une préférence pour le rôle actif ou réceptif lors d’une pratique pénétrative. Ils ne donnent aucune information fiable sur la personnalité, la masculinité ou le pouvoir dans le couple.
Une personne versatile peut apprécier les deux rôles. Elle peut ne pas avoir de préférence particulière ou avoir une inclination, d’où les expressions « versatile top » et « versatile bottom ».
Un side préfère une intimité non pénétrative. Le terme a gagné en visibilité depuis les années 2010 et a notamment été ajouté comme option sur Grindr en 2022.
Non. Certaines personnes trouvent ces mots utiles, tandis que d’autres préfèrent discuter de leurs envies sans se catégoriser.
Oui. Les préférences peuvent rester stables ou évoluer selon l’âge, les expériences, les relations et le contexte. (PubMed)
Pas nécessairement. La compatibilité dépend également des envies précises, des limites, de la communication, du rythme et des attentes relationnelles.
Oui. Aucun couple n’est réductible à un seul acte. Les partenaires peuvent construire une intimité qui leur convient, négocier leurs attentes ou décider ensemble des arrangements acceptables.
Non. Cette association provient de stéréotypes de genre qui assimilent à tort réceptivité et féminité. Les recherches montrent que ces croyances existent, mais elles ne décrivent aucune vérité sur les personnes concernées. (PubMed)
Non. La silhouette, la voix, la tenue, l’âge ou l’expression de genre ne permettent pas de déterminer une préférence intime.
Commencez par demander si la personne souhaite parler de compatibilité et utilisez une question ouverte : « As-tu des préférences ou des limites importantes pour toi ? »
Avoir une préférence n’est pas en soi une discrimination. En revanche, exprimer cette préférence par des insultes, des généralisations racistes, de la misogynie ou du mépris pour un groupe entretient des discriminations.
Au-delà des étiquettes : retrouver le sens de la relation
Top, bottom, versatile et side ne sont ni de mauvais mots ni des vérités absolues.
Ils ont permis à de nombreuses personnes de nommer leurs préférences, de rechercher une compatibilité et de parler plus ouvertement d’intimité. En cela, ils constituent une forme précieuse de langage communautaire.
Cependant, leur utilité s’arrête au moment où ils prétendent expliquer toute une personne.
Un rôle intime ne mesure pas la masculinité. Il ne définit ni le courage, ni la tendresse, ni l’assurance, ni la capacité à aimer. Il ne révèle pas qui décide dans le couple, qui exprime ses émotions ou qui prend soin de l’autre.
De même, la libération ne réside pas dans l’abandon obligatoire de toutes les catégories. Une personne peut se reconnaître profondément dans le mot top, bottom, versatile ou side. Une autre peut préférer ne jamais choisir.
L’enjeu véritable est l’autonomie.
Pouvoir nommer ce que l’on aime sans honte. Pouvoir dire non sans être pressé. Pouvoir explorer sans devoir prouver son ouverture d’esprit. Pouvoir changer sans être accusé d’incohérence. Pouvoir rester fidèle à une préférence sans être présenté comme limité.
Une culture gay plus généreuse ne supprimerait donc pas nécessairement les étiquettes. Elle les remettrait simplement à leur juste place : des mots pour commencer une conversation, jamais des cases suffisantes pour résumer un être humain.
À propos de l’auteur
Alain VEST est spécialisé dans les questions Gays / LGBT.