
Il y a une solitude très particulière à se sentir gay, mais pas forcément comme les autres gays.
Sommaire
On peut être attiré romantiquement par les hommes, rêver d’un couple, d’une tendresse, d’un regard complice dans la rue, d’un message qui fait sourire, d’un dimanche à deux. Et pourtant, ne pas ressentir ou très peu d’attirance sexuelle. Ou ne pas placer la sexualité au centre du lien. Ou se sentir à côté des codes d’une culture gay souvent très visuelle, très corporelle, très rapide, très “tu cherches quoi ?”.
Alors une question surgit : est-ce que je suis vraiment gay si je suis asexuel ?
Oui.
Tu peux être gay et asexuel.
Tu peux être homoromantique et ace.
Tu peux aimer les hommes sans vivre le désir comme la majorité des hommes gays autour de toi.
Tu peux chercher l’intimité sans vouloir suivre un scénario sexuel qui ne te correspond pas.
Tu n’es ni incomplet, ni froid, ni “cassé”, ni “pas encore réveillé”.
Ton identité n’est pas une contradiction. Elle est une combinaison.
Et cette combinaison mérite d’être comprise, respectée et vécue sans honte.
Avant tout : l’asexualité n’est pas un problème à réparer
L’asexualité désigne généralement le fait de ressentir peu ou pas d’attirance sexuelle. Elle existe sur un spectre : certaines personnes ace ne ressentent jamais d’attirance sexuelle, d’autres en ressentent rarement, faiblement, dans des conditions particulières, ou seulement après un lien émotionnel fort.
L’organisation Stonewall explique que le terme “ace” regroupe les personnes sur le spectre asexuel, notamment les personnes asexuelles, demisexuelles, gray-ace et autres identités ace-spec : Stonewall – Ace hub. The Trevor Project propose aussi une ressource pédagogique utile sur le sujet : Understanding Asexuality.
Il est essentiel de le dire clairement : l’asexualité n’est pas une maladie mentale, une panne, une immaturité, une peur de grandir ou une conséquence automatique d’un traumatisme.
Bien sûr, une baisse soudaine du désir, une souffrance intense, une anxiété autour de l’intimité, un épisode dépressif, des effets secondaires de médicaments ou des douleurs physiques peuvent justifier de consulter un médecin ou un psychologue. Mais cela ne signifie pas qu’une personne asexuelle doit être “corrigée”.
Une bonne question n’est pas : “Comment devenir comme les autres ?”
Une bonne question est : “Est-ce que je souffre de mon orientation, ou est-ce que je souffre du fait qu’on ne la respecte pas ?”
Si ton rapport au désir te fait souffrir, ou si tu te sens perdu, tu as le droit de demander de l’aide. Mais l’objectif d’un accompagnement respectueux n’est pas de te rendre allosexuel. L’objectif est de t’aider à te comprendre, à poser tes limites et à construire des relations qui te conviennent.
Gay et asexuel : deux mots qui peuvent coexister
Beaucoup de personnes pensent encore que “gay” veut dire “attiré sexuellement par les hommes”. C’est souvent vrai pour les hommes gays allosexuels, c’est-à-dire ceux qui ressentent de l’attirance sexuelle. Mais ce n’est pas la seule manière d’être gay.
Pour un homme gay asexuel ou homoromantique, le mot “gay” peut désigner :
- une attirance romantique pour les hommes ;
- une préférence affective pour les hommes ;
- le désir de construire un couple avec un homme ;
- un sentiment d’appartenance à la culture gay ;
- une manière de se reconnaître dans les histoires, les codes ou les espaces gays ;
- une orientation relationnelle, même sans attirance sexuelle forte.
Autrement dit, être gay ne se limite pas à ce que l’on veut faire avec un corps. Cela peut aussi dire : qui me touche émotionnellement ? Avec qui je me projette ? Qui me fait rougir ? Qui me donne envie d’écrire un message trop long ? Dans quel monde affectif je me reconnais ?
L’identité gay peut être romantique, culturelle, relationnelle, politique et intime. Elle n’est pas confisquée par une seule forme de désir.
L’attirance romantique vs sexuelle : décrypter le modèle de l’attraction scindée

Le modèle de l’attraction scindée aide beaucoup de personnes ace à mettre de l’ordre dans leur vécu. Il distingue plusieurs formes d’attirance qui peuvent aller ensemble, mais pas toujours.
L’attirance sexuelle
C’est le fait de ressentir une envie sexuelle dirigée vers une personne. Les personnes allosexuelles la ressentent plus ou moins régulièrement. Les personnes asexuelles la ressentent peu, pas du tout, rarement ou dans des conditions spécifiques selon leur place sur le spectre ace.
L’attirance romantique
C’est le fait d’avoir envie d’une relation romantique : se projeter en couple, ressentir un élan amoureux, vouloir partager une intimité affective, une tendresse, un quotidien, une forme de “nous”.
Une personne peut donc être asexuelle et homoromantique : ne pas ressentir d’attirance sexuelle, mais ressentir une attirance romantique pour les hommes.
L’attirance esthétique
C’est trouver quelqu’un beau, stylé, magnétique, agréable à regarder, sans forcément vouloir une relation sexuelle ou romantique avec lui.
Tu peux penser : “Il est magnifique” sans que cela signifie “je veux coucher avec lui” ou “je veux sortir avec lui”.
L’attirance sensuelle
C’est l’envie de proximité physique non nécessairement sexuelle : câlins, tenir la main, dormir contre quelqu’un, se blottir, toucher les cheveux, partager une présence corporelle rassurante.
Certaines personnes ace aiment beaucoup cette intimité. D’autres non. Les deux sont valides.
L’attirance émotionnelle
C’est l’envie d’être proche de quelqu’un, de se confier, de partager une complicité profonde, parfois dans une amitié intense, une relation queerplatonique ou une famille choisie.
Le site AVEN rappelle que beaucoup de personnes asexuelles peuvent ressentir des formes d’attirance romantique, esthétique ou sensuelle qui ne conduisent pas nécessairement à un désir sexuel : AVEN – Overview.
Ce modèle ne sert pas à te mettre dans une case de plus. Il sert à respirer. Il permet de dire : “Je ne suis pas incohérent. Je ressens plusieurs choses, mais elles ne s’alignent pas comme on me l’a toujours raconté.”
Le spectre ace : il n’y a pas une seule manière d’être asexuel
L’asexualité n’est pas un bloc uniforme.
On peut être :
- asexuel : ressentir peu ou pas d’attirance sexuelle ;
- gray-ace : ressentir une attirance sexuelle rare, faible, ambiguë ou fluctuante ;
- demisexuel : ressentir une attirance sexuelle seulement après un lien émotionnel fort ;
- ace-flux : vivre une intensité d’attirance sexuelle qui varie dans le temps ;
- aroace : être à la fois aromantique et asexuel ;
- homoromantique asexuel : ressentir une attirance romantique pour les hommes sans ressentir, ou en ressentant peu, d’attirance sexuelle ;
- biromantique asexuel, panromantique asexuel, hétéroromantique asexuel, selon les personnes.
Il existe aussi différentes relations à la sexualité elle-même :
- sex-favorable : certaines personnes ace peuvent apprécier certains actes ou contextes intimes sans ressentir d’attirance sexuelle classique ;
- sex-neutral : certaines sont neutres, ni particulièrement attirées ni fortement opposées ;
- sex-averse ou sex-repulsed : certaines ressentent un inconfort, un rejet ou une aversion face à certaines pratiques ou à l’idée même de sexualité.
Ces nuances sont importantes, parce qu’elles évitent deux erreurs.
La première : croire que toutes les personnes asexuelles refusent toute intimité physique.
La seconde : croire qu’une personne ace qui accepte ou apprécie certaines formes d’intimité “n’est pas vraiment ace”.
La vérité est plus simple : l’identité ace décrit l’attirance, pas un règlement intérieur universel.
“Trop gay pour les hétéros, trop asexuel pour les gays”
C’est l’un des sentiments les plus douloureux chez beaucoup d’hommes gays ace.
Dans les milieux hétérosexuels, tu peux être vu comme gay, donc différent, minoritaire, parfois incompris. Mais dans certains espaces gays, tu peux te sentir à nouveau décalé, parce que tu ne partages pas toujours les mêmes codes de drague, de désir, de rapidité ou de performance.
Tu peux avoir l’impression d’être :
- trop gay pour être compris par les hétéros ;
- trop asexuel pour être reconnu par les gays ;
- trop romantique pour les applis rapides ;
- trop discret pour les scènes très sexualisées ;
- trop “compliqué” pour les personnes qui veulent des catégories simples.
Cette double aliénation peut faire très mal. Elle peut pousser à se taire, à jouer un rôle, à faire semblant d’avoir les mêmes envies que les autres, ou à quitter les espaces gays en pensant qu’ils ne sont “pas faits pour soi”.
Pourtant, tu n’es pas un intrus dans la communauté gay.
Tu fais partie de la diversité des vies gays.
La culture gay est souvent associée à la sexualité parce que l’histoire des hommes gays a été profondément marquée par la répression du désir, les lieux de drague, le VIH, les applis, la visibilité corporelle et la conquête d’une liberté longtemps interdite. Mais cela ne veut pas dire que tous les hommes gays vivent cette liberté de la même manière.
Une communauté vraiment libre doit pouvoir accueillir autant ceux qui revendiquent une sexualité assumée que ceux qui vivent l’amour, le lien et l’intimité autrement.
La culture gay n’est pas “trop sexuelle” : elle est parfois trop étroite
Il serait injuste de dire que “la communauté gay ne pense qu’au sexe”. C’est un cliché réducteur.
La culture gay contient beaucoup plus que ça : des amitiés, des associations, des cafés, des chorales, du sport, des familles choisies, des luttes politiques, de l’humour, du soin, des mémoires, des solidarités, des couples, des célibats heureux, de la spiritualité, de la création, des bars, des applis, du drag, des livres, des films, des deuils, des fêtes et des vies ordinaires.
Cependant, certains espaces gays peuvent être fortement sexualisés ou très centrés sur l’apparence. Dans ces espaces, un homme gay ace peut se sentir comme s’il devait constamment traduire son existence.
“Tu veux dire que tu n’as jamais envie ?”
“Mais tu dates pourquoi alors ?”
“Tu n’as juste pas rencontré le bon.”
“Tu es sûr que tu n’es pas traumatisé ?”
“Tu es romantique, donc tu changeras.”
Ces phrases peuvent sembler curieuses. Elles sont souvent intrusives.
Ce qui fait mal, ce n’est pas seulement l’incompréhension. C’est l’idée implicite que l’intimité sans sexualité serait moins adulte, moins gay, moins vraie ou moins désirable.
Or ce n’est pas le cas.
Compulsory sexuality : quand tout le monde suppose que le sexe est obligatoire
Dans les études ace, on parle souvent de compulsory sexuality, que l’on peut traduire par “sexualité obligatoire”. C’est l’idée sociale selon laquelle une vie adulte, saine, romantique ou amoureuse devrait nécessairement inclure du désir sexuel et de la sexualité.
Cette norme est partout :
- dans les films ;
- dans les chansons ;
- dans les applis ;
- dans les conversations entre amis ;
- dans les blagues ;
- dans les conseils dating ;
- dans certaines thérapies mal informées ;
- dans l’idée qu’un couple sans sexualité serait forcément “mort”.
Pour une personne gay ace, cette norme peut être double. La société générale dit : “Tu dois être hétéro.” Certains espaces gays ajoutent parfois : “Et si tu es gay, tu dois désirer comme nous.”
Résultat : on se sent coincé entre deux injonctions.
La libération commence souvent quand on ose dire : mon intimité n’a pas à ressembler à celle des autres pour être valable.
Dating et asexualité : faut-il le dire sur son profil ?
Il n’y a pas une seule bonne réponse.
Le dire clairement dans sa bio peut filtrer les personnes incompatibles et éviter des conversations épuisantes. Mais cela peut aussi attirer des questions intrusives ou des réactions maladroites.
Ne pas le dire immédiatement peut permettre de rencontrer quelqu’un d’abord comme une personne, pas comme une explication. Mais cela peut aussi créer de l’anxiété si l’autre projette rapidement des attentes.
Le bon choix dépend de ton niveau de sécurité, de ton énergie, de ton rapport à la visibilité et de ce que tu cherches.
Exemples de bios pour applications
Bio directe et simple
“Gay homoromantique et ace. Je cherche une vraie connexion, de la tendresse, de l’humour et quelqu’un avec qui construire un lien sans pression.”
Bio plus légère
“Team café, balades, câlins si feeling, discussions trop longues. Gay ace, donc je préfère prendre le temps et parler clairement des attentes.”
Bio pédagogique
“Gay et asexuel : attirance romantique pour les hommes, mais pas ou peu d’attirance sexuelle. Ouvert à une relation tendre, complice, honnête, avec communication.”
Bio pour éviter les débats
“Ace-friendly uniquement. Je ne cherche pas à être ‘convaincu’ ou ‘réparé’. Je cherche quelqu’un de respectueux, curieux et clair.”
Bio discrète
“Je vais lentement, j’aime les connexions émotionnelles et je préfère les personnes qui savent communiquer leurs attentes.”
La bio n’a pas besoin de tout expliquer. Elle doit simplement ouvrir une porte correcte, pas rédiger une thèse.
Quand l’annoncer à un match ?
Tu peux l’annoncer :
- dès la bio ;
- après quelques messages ;
- avant un premier rendez-vous ;
- au moment où les attentes deviennent plus explicites ;
- quand tu sens que la relation peut aller plus loin.
L’important est de ne pas attendre au point de te sentir piégé.
Une phrase simple suffit :
“Je préfère te le dire clairement : je suis gay et ace. Je peux ressentir une attirance romantique et vouloir une relation, mais je ne vis pas le désir comme la plupart des gens. Je suis très partant pour apprendre à te connaître, mais j’ai besoin que ce soit sans pression.”
Si la personne réagit avec curiosité respectueuse, c’est bon signe. Si elle tente de débattre ton identité, de te tester, de te convaincre ou de te psychanalyser sans invitation, c’est une information précieuse : ce n’est peut-être pas la bonne personne.
Comment communiquer ses limites avec un partenaire allosexuel
Une relation entre une personne ace et une personne allosexuelle peut fonctionner. Mais elle demande une communication honnête, concrète et régulière.
Le piège est de rester dans le flou par peur de décevoir.
Un partenaire allosexuel peut avoir besoin de comprendre ce que tu veux dire par “ace”, parce que le mot ne suffit pas. Deux personnes ace peuvent vivre l’intimité très différemment.
Tu peux expliquer :
- ce que tu aimes ;
- ce que tu n’aimes pas ;
- ce qui est parfois possible ;
- ce qui ne l’est pas ;
- ce qui dépend du contexte ;
- ce qui te met en sécurité ;
- ce qui te fait te fermer ;
- ce que tu attends d’une relation.
Scripts pour parler de ses limites
Pour expliquer sans te justifier
“Je suis ace. Ça veut dire que mon attirance ne fonctionne pas comme la tienne peut-être. Ce n’est pas contre toi, ce n’est pas un rejet, et ce n’est pas quelque chose que tu dois réparer.”
Pour poser une limite claire
“Je suis bien avec toi, mais je ne veux pas aller plus loin sur ce terrain. J’ai besoin que mon non soit entendu sans négociation.”
Pour rassurer sans te trahir
“Mon absence d’attirance sexuelle ne veut pas dire absence d’affection. J’ai envie d’être proche de toi, mais à ma manière.”
Pour ouvrir une discussion de couple
“J’aimerais qu’on parle de ce que chacun met derrière intimité. Pour moi, ça peut être dormir ensemble, se tenir la main, partager des moments, se confier, se toucher avec douceur, mais pas forcément suivre un scénario sexuel.”
Pour éviter la culpabilité
“Je comprends que tu puisses avoir des besoins différents. Mais je ne veux pas me forcer pour te rassurer, et je ne veux pas que tu te sentes rejeté. On doit voir si nos attentes peuvent coexister sans pression.”
Redéfinir l’intimité : le menu plutôt que le scénario

Beaucoup de couples souffrent parce qu’ils pensent qu’il n’existe qu’un seul scénario d’intimité : flirt, tension, sexualité, couple, routine.
Mais l’intimité peut être un menu.
On peut y trouver :
- se tenir la main ;
- dormir ensemble ;
- cuisiner ;
- se masser les épaules ;
- s’écrire des messages tendres ;
- regarder une série sous un plaid ;
- partager des secrets ;
- voyager ;
- se soutenir dans une période difficile ;
- créer des rituels ;
- rire de choses que personne d’autre ne comprend ;
- construire un foyer ;
- avoir une relation queerplatonique ;
- vivre une romance sans sexualité ;
- négocier une relation mixte ace/allosexuelle avec respect.
L’intimité n’est pas définie uniquement par ce que les corps font. Elle est aussi définie par ce que les personnes se permettent d’être ensemble.
Les relations mixtes ace / allosexuelles : possibles, mais pas magiques
Une relation entre un homme gay ace et un homme gay allosexuel peut être belle, stable et profonde. Mais elle ne fonctionne pas sur l’amour seul. Elle demande de la lucidité.
Il faut parler de :
- attentes ;
- frustration possible ;
- fréquence de l’intimité physique si elle existe ;
- exclusivité ou non-exclusivité, si le couple l’envisage ;
- jalousie ;
- sécurité émotionnelle ;
- mots à utiliser ;
- limites non négociables ;
- moments où la discussion doit être réouverte.
Certaines relations trouvent un équilibre dans la tendresse, la romance et une sexualité absente ou rare. D’autres choisissent des accords relationnels spécifiques. D’autres encore réalisent qu’elles ne sont pas compatibles, malgré l’affection.
La compatibilité n’est pas une question de valeur. Deux personnes peuvent s’aimer et ne pas avoir les mêmes besoins. Le respect consiste à le reconnaître sans faire de l’un le problème de l’autre.
Les erreurs à éviter quand on est ace et qu’on date
Se forcer pour “garder” quelqu’un
Se forcer peut créer de la confusion, du ressentiment, de la dissociation, de la tristesse ou une perte de confiance. Tu n’as pas à payer l’amour avec ton inconfort.
Se présenter comme “défectueux”
Tu peux dire “je suis ace”, pas “je suis compliqué”. Tu peux expliquer tes limites sans t’excuser d’exister.
Croire qu’un refus signifie que tu es impossible à aimer
Certaines personnes ne seront pas compatibles. Cela ne prouve pas que personne ne le sera.
Tout expliquer dès le premier message si tu n’en as pas l’énergie
Tu as le droit de garder des choses pour une conversation plus sûre.
Accepter les débats intrusifs
Tu n’es pas obligé de répondre à : “Mais tu as essayé ?”, “Tu es sûr ?”, “Tu as consulté ?”, “Tu n’as juste pas rencontré le bon.” Tu peux dire : “Je ne souhaite pas débattre de mon identité.”
Pour les partenaires allosexuels : comment aimer sans mettre la pression
Si tu es en relation avec une personne gay ace, ton rôle n’est pas de la convaincre qu’elle te désire “vraiment”. Ton rôle est d’écouter ce qu’elle dit.
À faire :
- croire son identité ;
- demander ce qui est confortable ;
- ne pas prendre automatiquement l’absence d’attirance comme un rejet personnel ;
- parler de tes besoins sans ultimatum ;
- accepter que le consentement doit rester libre ;
- valoriser d’autres formes d’intimité ;
- vérifier régulièrement que la relation convient aux deux.
À éviter :
- “Tu changeras avec moi.”
- “Mais si tu m’aimes, tu devrais…”
- “Tous les couples font ça.”
- “C’est parce que tu as un blocage.”
- “Je vais te débloquer.”
- “Tu me dois au moins un effort.”
L’amour ne devrait jamais ressembler à un procès.
Trouver sa place dans la communauté gay
Tu n’es pas obligé de fréquenter les espaces gays les plus sexualisés pour être légitime. Tu peux chercher d’autres portes d’entrée.
Essaie :
- les associations LGBTQIA+ ;
- les cafés queer ;
- les groupes de lecture ;
- les soirées jeux ;
- les chorales ;
- les groupes sportifs inclusifs ;
- les communautés ace en ligne ;
- les espaces LGBTQ+ locaux ;
- les événements culturels ;
- les plateformes de rencontre gay où la bio permet d’expliquer ton rythme.
Les communautés ace et LGBTQIA+ en ligne peuvent aussi aider. AVEN reste une ressource historique sur l’asexualité : Asexual Visibility and Education Network. The Trevor Project propose des contenus accessibles pour les jeunes LGBTQ+ et leurs alliés : The Trevor Project – Asexuality.
Tu n’as pas à choisir entre “être gay” et “être ace”. Tu peux chercher les lieux où les deux parties de toi sont lisibles.
Et si je ne suis pas sûr ?
Tu n’as pas besoin d’être certain immédiatement.
Tu peux te demander :
- Est-ce que je ressens de l’attirance romantique ?
- Vers qui ?
- Est-ce que je ressens de l’attirance sexuelle ?
- Est-ce rare, absent, conditionnel, fluctuant ?
- Est-ce que je me reconnais dans les récits ace ?
- Est-ce que le mot “ace” me soulage ?
- Est-ce que je me force à désirer pour être normal ?
- Est-ce que je confonds libido, attirance, affection et curiosité ?
- Est-ce que je veux une relation ? Si oui, sous quelle forme ?
Un mot identitaire est un outil. Il n’a pas besoin d’être une prison. Tu peux l’essayer, le garder, le préciser, le changer, ou ne pas l’utiliser publiquement.
Le bon mot est souvent celui qui donne de l’air.
Quand consulter un professionnel ?
Consulter peut être utile si :
- tu souffres beaucoup de ton rapport à l’intimité ;
- tu as peur de ne jamais être aimé ;
- tu te forces dans tes relations ;
- tu vis de l’anxiété, de la honte ou de la dépression ;
- tu as vécu des violences ou pressions ;
- tu observes une perte soudaine de désir qui t’inquiète ;
- tu ressens des douleurs, un blocage physique ou une détresse médicale ;
- tu as des pensées suicidaires ou l’impression de ne plus tenir.
En cas de détresse immédiate ou d’idées suicidaires en France, le 3114 est accessible gratuitement 24h/24 et 7j/7. Pour les personnes LGBTQ+ confrontées au rejet ou à la violence, SOS homophobie propose une ligne d’écoute anonyme.
Idéalement, cherche un professionnel informé sur les réalités LGBTQIA+ et ace. Un bon accompagnement ne doit jamais te faire sentir que ton identité est un symptôme à effacer.
Conclusion : tu n’as pas à te perdre pour être aimé
Être gay et asexuel peut demander du courage, non pas parce que ces identités seraient incompatibles, mais parce que le monde manque encore de mots, de modèles et de scénarios pour les comprendre ensemble.
Tu peux être romantique sans être allosexuel.
Tu peux aimer les hommes sans vivre le désir comme la majorité.
Tu peux chercher une relation sans accepter la pression.
Tu peux être tendre, drôle, intense, fidèle, passionné, distant, câlin, réservé, amoureux, célibataire, queerplatonique, en couple, en questionnement.
Tu n’as pas à être “moins ace” pour être gay.
Tu n’as pas à être “moins gay” pour être ace.
Tu n’as pas à prouver ta place dans la communauté.
La vraie question n’est pas : “Comment concilier deux identités contradictoires ?”
La vraie question est : comment créer une vie où toutes les parties de moi ont le droit d’exister ?
Et cette vie est possible.
Elle demandera peut-être plus de communication. Plus de tri. Plus de patience. Plus de pédagogie parfois. Mais elle peut aussi t’offrir quelque chose de très précieux : des relations choisies, conscientes, honnêtes, construites non pas sur un scénario imposé, mais sur une vérité partagée.
Tu n’es pas seul.
Tu n’es pas trop compliqué.
Tu n’es pas une exception impossible.
Tu es gay. Tu es ace. Tu es entier.
Rejoindre BEARWWW : rencontrer à son rythme, sans pression
Sur BEARWWW, tu peux rencontrer des hommes gays, bi et queer en prenant le temps d’expliquer qui tu es, ce que tu cherches et le type de lien qui te convient.
Que tu sois gay ace, homoromantique, demisexuel, gray-ace, en questionnement ou simplement à la recherche d’une connexion plus douce et plus humaine, tu as le droit d’avancer à ton rythme.
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Ton rythme n’est pas un obstacle. C’est une information précieuse pour rencontrer les bonnes personnes.
À propos de l’auteur
Alain VEST est spécialisé dans les identités LGBTQIA+. Son travail porte sur l’asexualité, les orientations romantiques, les relations mixtes ace/allosexuelles, le stress minoritaire, le consentement et les dynamiques de dating dans les communautés LGBTQ+.
Cette analyse croise une expertise psychologique, une connaissance vécue des réalités homoromantiques et ace, et une approche affirmative des identités LGBTQIA+. L’objectif n’est pas de dire aux lecteurs quoi devenir, mais de leur donner des mots, des repères et des outils pour construire des relations plus justes.
Sources et ressources utiles
- AVEN – Asexual Visibility and Education Network
- AVEN – Overview
- The Trevor Project – Understanding Asexuality
- The Trevor Project – Asexuality PDF
- Stonewall – Ace hub
- Verywell Health – Asexual Spectrum: Defining Attraction and Orientation
- Bradshaw et al., 2021 – Asexuality vs. sexual interest/arousal disorder, PubMed Central
- Brotto & Milani – Asexuality: When Sexual Attraction Is Lacking
- Psycom -La santé mentale des personnes LGBT+
- 3114 – Numéro national de prévention du suicide
- SOS homophobie – Ligne d’écoute